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Uber, Tesla, Blablacar, voiture autonome, routes intelligentes…, le secteur automobile est en pleine mutation, au croisement d’enjeux politiques, économiques, environnementaux ou liés aux questions de mobilité et au changement des comportements.

La transformation numérique accélère la mutation du secteur automobile.
Cette évolution est provoquée par au moins trois phénomènes : l’usage quasi permanent d’Internet par les consommateurs, le retard pris par les constructeurs automobiles pour intégrer les technologies de l’information dans leur ADN (R&D, conception, produit, marketing…), et enfin par l’apparition de nouveaux acteurs qui modifient profondément la vision de l’automobile dans notre société.

Et pour ce secteur déjà profondément ébranlé, la crise du Covid-19 peut jouer comme un accélérateur des difficultés tout comme être un catalyseur de changements. De quoi bousculer les révolutions en cours dans l’automobile.

Avec une question de fond : l’industrie automobile est-elle vraiment capable de se remettre en question ? A moins qu’il ne soit déjà trop tard… Parce qu’à force de vouloir à tout prix repousser l’échéance de l’électrique, elle a pris un retard considérable dans la bataille qui l’oppose aux nouveaux acteurs du secteur.

Les avis des experts sont souvent divergents, les fake news fleurissent à tel point qu’il n’est pas toujours facile de faire la part des choses. Electrique ou thermique ? Electrique ou hybride ? La voiture autonome est-elle dangereuse ? Que penser de Tesla ? Quel avenir pour les constructeurs ?…
Nous avons décidé de creuser le sujet pour vous aider à y voir plus clair.

Un secteur en pleine transformation

Si les innovations sont nombreuses depuis les débuts de l’automobile, ses composants essentiels n’ont que très peu changé depuis un siècle. Mais cette industrie subit pour la première fois depuis 50 ans une vague de transformations qui devrait la métamorphoser irrémédiablement.

Voilà les 4 grandes tendances qui sont en train de modifier le secteur de l’automobile sous l’impulsion des entreprises technologiques :

Sans oublier l’Intelligence Artificielle qui a infiltré l’ensemble des secteurs de l’automobile avec bien sûr la voiture autonome et connectée mais aussi la R&D, la production, le marketing, la commercialisation, la location, la gestion des parcs…Chaque tendance prise individuellement porte d’importantes ruptures. La manière dont elles se combineront dans le temps déterminera l’ampleur et la vitesse des changements.

Panique à bord chez les constructeurs !

Tous les signaux sont au rouge. Confrontés en même temps à la réduction des émissions de CO2 à marche forcée imposée par l’Europe avec la coûteuse transition vers l’électrique et à une baisse mondiale de la demande et de la rentabilité, les constructeurs prévoient 10 années difficiles, voire impossibles pour certains.

Depuis plus d’un siècle, le moteur à combustion règne en maître sur le monde automobile. Après avoir poussé leur modèle industriel et leur rentabilité jusqu’au bout, allant jusqu’à truquer leurs moteurs pour contourner les tests anti-pollution, l’industrie automobile longtemps incapable de se remettre en question commence à paniquer.  Son porte-parole européen, Carlos Tavarès, évoque même une période « darwinienne » où seuls les plus forts résisteront au cataclysme. Il n’est d’ailleurs pas certain que l’avenir de l’automobile soit celui de l’industrie automobile. La compétence numérique va en effet remplacer la compétence de production et les performances des ingénieurs. La création de valeur du secteur va donc se déplacer vers les logiciels où les constructeurs manquent de connaissances et d’expérience. Et l’analyse de Peter Mertens, ancien Directeur de la R&D d’Audi, est sans appel : « Nous avons tous dormi. Ca va être sanglant ! ».

Ce qui est sûr, c’est que cette transformation passe par une collaboration croissante entre les constructeurs et les acteurs de la tech permettant la mise en commun des savoir-faire de deux types d’entreprises longtemps dissociés, pour que l’automobile continue à évoluer et à prendre part à un monde toujours plus connecté. D’où le risque pour les constructeurs de perdre une grande partie de la valeur…

Enfin, en termes de brevets et de budgets R&D, les équipementiers français ne sont pas en reste et n’ont plus à rougir en termes d’investissement face aux constructeurs. Loin de là. Ils ont su tirer parti de la redistribution de la chaîne de valeur externalisée par les constructeurs. Ils ont fait de l’innovation l’alpha et l’oméga de leur croissance à long terme mais également de leur rentabilité.

Gageons que les constructeurs qui vivent leur moment iPhone sauront mieux résister que les fabricants de téléphones traditionnels. La bataille ne fait que commencer, attachez vos ceintures !

Tesla casse les codes

Tant que le moteur thermique règnait, le marché automobile a été dominé par les mêmes acteurs. L’essor des voitures électriques ouvre la porte à de nouveaux entrants dans l’industrie automobile, comme le montre la percée du constructeur californien Tesla. Tesla ne laisse personne indifférent. Dirigé par Elon Musk, entrepreneur archétypal de la Silicon Valley, il fascine autant qu’il cristallise les tensions.

En moins de 20 ans, Tesla est devenu la première capitalisation boursière de l’automobile. Un succès qu’il doit à son statut de « pure player » sur le marché de l’automobile électrique. D’un point de vue technologique, Tesla aurait 6 ans d’avance sur Toyota et VW. Mais comme le dit Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde » : « Tesla n’est pas un constructeur automobile. C’est une entreprise de technologie, et ses compagnons de route ne s’appellent pas PSA ou Volkswagen, mais Apple, Google ou Amazon ». Elle s’organise autour d’une douzaine de startups allant des batteries, aux systèmes d’informations en passant part les robots, les sièges... sans oublier les assurances !

Tesla est rentable pour le cinquième trimestre de suite, tout en continuant à se développer avec l’ouverture d’une Gigafactory en Chine et bientôt au Texas et à Berlin. Le constructeur a mieux résisté que les autres à la crise de la Covid-19, grâce à son parcours client presque entièrement digitalisé. Quels sont les autres secrets qui expliquent sa capacité à déstabiliser l’industrie automobile tout entière ? Le cabinet Fabernovel vous dit tout. Et le comble : Tesla a gagné plus de 3 milliards de dollars depuis 2012 en permettant à d’autres constructeurs de respecter les limitations d’émissions de carbone !

Intelligentes, écologiques et technologiquement avancées, les nouvelles voitures chinoises font plus que jamais parler d’elles. Et cet été, ce n’est pas une, mais bien deux startups originaires de Canton et de Pékin – spécialisées dans les véhicules électriques – qui viennent de faire leur entrée à la Bourse de New York. Deux sociétés qui viennent jouer sur le terrain de Tesla.

Et pendant ce temps le secteur de la voiture autonome se réorganise. Même si elle doit encore affiner sa technologie et lever l’ensemble des freins liés à la sécurité et à la législation, nul doute qu’elle sera demain une réalité. D’ici là, constructeurs et GAFAM rivalisent d’innovations pour transformer radicalement notre expérience de conduite.

Tout savoir sur la voiture électrique

On s’attaque là certainement au sujet le plus polémique. Le travail de sape des lobbys a souvent brouillé les pistes. Et les fake news circulent…

On ne va pas s’attarder sur le diesel, les particules et tout ça parce que quoi qu’on fasse, il y aura toujours des émissions d’oxydes d’azote, gaz très toxique rendu célèbre par le scandale du « dieselgate ». Et selon une étude du Conseil international pour un transport propre (ICCT) réalisée entre le 18 juin et le 16 juillet 2018, les diesels Euro 6 polluent largement plus que les seuils autorisés. Alors bien sûr la voiture électrique ne présente pas un bilan carbone neutre mais la marge de progression vers une décarbonation progressive des process est importante. Comme par exemple, l’entreprise allemande Vulcan Energy Resources qui produit du lithium zéro carbone avec l’exploitation des nombreuses sources géothermiques outre-Rhin. 

Selon l’ONG européenne Transport & Environment, le bilan carbone de la voiture électrique sur l’ensemble du cycle de vie est deux à trois fois inférieur à celui d’un véhicule diesel et essence de taille comparable. Ses émissions de CO2 sont ainsi 22 % inférieures à celles d’une voiture diesel. L’exemple pris est celui d’une batterie produite en Chine et d’une utilisation du véhicule en Pologne, où le charbon représente une part importante de la production d’électricité. Le bilan serait donc bien meilleur en France par exemple.

Le récent film de Marc Muller « A Contresens » reprend une à une les contre-vérités et les fake news diffusées sur certains médias à propos de l’empreinte écologique et sociale du véhicule électrique, Il démontre de manière magistrale comment les informations ont été manipulées par certains lobbys et groupes d’intérêt pour discréditer la voiture électrique. Très instructif pour tout comprendre sur les terres rares, le lithium, l’extraction du cobalt ou encore le recyclage des batteries.

Et l’hydrogène, on en parle ? Alors vite fait parce que la bataille pour l’avenir des transports personnels plus écologiques est déjà largement gagnée par la voiture électrique (quelques milliers de voitures immatriculées dans le monde contre plusieurs millions). Pour des raisons de sécurité, de coût, de rendement et sans oublier que 95% de l’hydrogène est actuellement produit à partir de sources de combustibles fossiles ! Néanmoins, l’hydrogène trouvera des niches intéressantes (utilitaires, transport collectif) où ses principaux atouts – légèreté et rapidité de ravitaillement – lui confèrent un réel avantage.

D’ailleurs, le marché a parlé puisque contre toute attente, la voiture électrique semble hermétique à la sinistrose de la crise du coronavirus et affiche des ventes record depuis le début de l’année. Il faudrait maintenant que les infrastructures suivent le mouvement…

Enfin n’oublions pas qu’en 2019  l’Assemblée Nationale avait voté pour l’interdiction de la vente de voitures thermiques, qui interviendra officiellement en 2040 et certaines villes imposent déjà des Zones à faibles émissions.

Bref, l’avenir de l’automobile sera électrique.

Parlons de mobilité

Le futur est loin d’être lié uniquement à l’automobile, on devrait donc plutôt parler du futur de l’industrie de la mobilité. L’ère de l’automobile omniprésente, associée à un mode de vie basé sur la possession d’un véhicule comme élément de statut social, est en train de s’essouffler. Malgré tout, le point critique ne sera pas atteint tant que de nouveaux services de multi-modalité ne seront pas parfaitement implantés. Et cette tendance à la réduction du nombre de voitures individuelles se confirme dans les zones urbaines. Les gens y ont accès à de nouveaux types de transports (vélos en libre-service, trottinettes…) pour les petits trajets.
Des études ont démontré que 95 % du temps, un véhicule privé reste en stationnement et qu’il n’est pas utilisé. Dès lors, Internet transforme notre vision de l’automobile. On parle de covoiturage, de partage de voiture, de location entre particuliers… Et les plateformes de cette économie collaborative se multiplient.

Au final, disrupter le modèle de l’industrie automobile ne suffit pas, il faut revoir notre modèle de mobilité et notre façon d’appréhender la ville. Et si la vraie disruption se cachait derrière de nouvelles régulations, une approche davantage centrée sur les usagers et sur une mobilité moins carbonée ?

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